Vue générale des sondages 2013 réalisés à Courtételle, Dos le Môtie. Vue générale des sondages 2013 réalisés à Courtételle, Dos le Môtie.

Le périmètre de l'ancienne église Saint-Maurice (au lieu-dit Dos le Môtie), partiellement fouillée entre 1971 et 1973, se trouve depuis lors en zone de protection archéologique.
Un complexe immobilier prévu à cet emplacement a de ce fait déclenché, en collaboration avec les initiateurs du projet, une intervention préalable du Service cantonal d'archéologie. La première phase de cette intervention, qui a débuté à la mi-mars 2013, consistait en la réalisation d'une série de sondages sur la parcelle concernée, qui s'étend sur une surface de près de 20'000m2 (dont 8'800m2 en protection archéologique). Ils ont permi de déterminer l'extension et l'état de conservation des vestiges, ceci avant la mise en place d'une fouille archéologique extensive, prévue dès le mois de mai 2013.

Les premiers résultats des sondages ont confirmé l'existence d'une nécropole dans le périmètre de l'église Saint-Maurice. Des traces d'habitats médiévaux ont également été mises au jour.


 

Les fouilles 2014

Tombe 391 avec un chapelet placé entre les mains. Tombe 391 avec un chapelet placé entre les mains.

L'intervention de 2014 a livré 350 structures archéologiques, dont plus de 250 tombes à inhumation. 184 sépultures ont pu être fouillées durant la campagne. Ces dernières, orientées est-ouest, correspondent aux derniers siècles d'occupation du cimetière entourant l'église (15e-18e s., abandon définitif vers 1740). Quelques sépultures ont permis d'attester l'utilisation de cercueils en bois clouté, relativement bien conservés. Le mobilier funéraire est quant à lui principalement constitué de chapelets, de médailles et de pendentifs à symbolique chrétienne (datation archéologique 15e-18e s.). 

Cinq cabanes en fosses ont été mises au jour. Ces petits édifices excavés présentent un plan rectangulaire aux bords arrondis, variant de quatre à huit poteaux et déterminant des surfaces de 4 à 15 m2. Leur comblement n'a livré que peu d'indices permettant de leur attribuer une fonction claire. Ces structures attestent néanmoins d'une activité artisanale de la zone à la fin du Haut Moyen Age (8e-10e s.), fait corroboré par la découverte d'un bas foyer médiéval (datation 8e-9e s.). Ce dernier se présentait sous la forme d'une fosse de 3m sur 2.5 m, aménagée d'un radier sur le fond. L'espace de travail, vraisemblablement couvert par un abri sur poteaux, était divisé en deux zones distinctes : sur la partie occidentale, la zone de combustion très riche en scories de fer (plus de 200kg), et sur la partie orientale, la zone de battage aménagée d'une pierre enclume.

Médaillon représentant l'assassinat de Saint Meinrad. Médaillon représentant l'assassinat de Saint Meinrad, retrouvé dans une tombe.

Deux bâtiments maçonnés ont été découverts autour de la basilique Saint Maurice, de même que le mur d'enceinte daté du 13e s. Les deux édifices, en partie récupérés, ne sont conservés que sur quelques assises de fondations. Néanmoins, il est possible de restituer un plan rectangulaire orienté est-ouest. Le premier, daté du 12e s., présente des dimensions de 8m sur 4m. Le plus imposant des deux édifices (15m sur 8 m) présentent quant à lui deux phases successives (première phase 10e-11e s., seconde phase 12e s.) dont l'orientation diffère légèrement. Le dernier état est compartimenté, formant trois locaux en enfilade. Une grande structure excavée sous un empierrement, découverte lors de l'intervention 2013, a pu être fouillée cette année. Au vu de sa forme et de son agencement, il pourrait s'agir des vestiges d'un four (alandier et chambre de combustion) daté du Moyen Age. Cependant, son état de conservation médiocre et l'absence de traces d'une forte combustion n'ont pas permis de déterminer sa fonction avec précision. Il apparaît que la structure a été récupérée (aménagement d'un radier avec la démolition étalée de la structure, et implantation d'une tombe). Les investigations de terrain se poursuivront entre les mois de mars et août 2015 sur la zone située directement au sud de l'église. Elles permettront de documenter les niveaux d'occupations précoces du site, ainsi que la suite des sépultures mises au jour lors de la campagne 2014.

Les fouilles 2015

Mise au jour des vestiges d'un cercueil en bois préservé lors de la fouille de la sépulture 650. Mise au jour des vestiges d'un cercueil en bois préservé lors de la fouille de la sépulture 650.

L'intervention de cette année a livré plus de 370 structures archéologiques, dont 350 tombes à inhumation. Ces dernières, orientées est-ouest (tête à l'ouest), matérialisent les cimetières associés aux églises successives (abandon définitif vers 1740). Sur la partie septentrionale de la parcelle, 270 sépultures ont pu être documentées, permettant d'attester jusqu'à six niveaux d'inhumation différents. De nombreuses tombes attestent l'utilisation de cercueils en bois clouté, relativement bien conservés. Le mobilier funéraire est principalement constitué de chapelets, de médailles de Saints chrétiens et de pendentifs à symbolique chrétienne issus des derniers niveaux d'occupation (datation 15e-18e s.).

Sur la partie méridionale de la parcelle, deux bâtiments successifs ont été mis au jour, de même qu'un tronçon du mur d'enceinte daté du 13e s. Les deux édifices maçonnés, en grande partie récupérés, ne sont conservés que sur quelques assises de fondations. Néanmoins, il est possible de restituer pour chacun un plan rectangulaire (dimensions 15 m x 7,5 m) orienté est-ouest et de proposer une datation entre le 11e et le 12e s.

Détail du couteau pliable mis au jour dans la sépulture 647. Détail du couteau pliable mis au jour dans la sépulture 647. Le manche est en os décoré d'ocelle. Le couteau déplié présente une longueur de 18 cm.

Une voie à ornières orientée est-ouest a pu être mise en évidence sous l'emprise des deux bâtiments. L'abandon de ce chemin est daté des environs de la fin du premier millénaire. Scellé par cette voie, un ensemble de plus de 80 tombes a été découvert. Ces sépultures présentent toutes une orientation est-ouest (tête à l'ouest) et une faible profondeur d'inhumation. Plusieurs fosses ont livré les vestiges de coffrage en bois bien conservés. Elles sont malheureusement dépourvues de mobilier archéologique, à l'exception d'un couteau pliable à manche en os décoré d'ocelles. Néanmoins, leur position stratigraphique claire autorise à proposer une datation durant le Haut Moyen Age pour cet ensemble (8e-9e s.).

Les tombes les plus précoces sont directement implantées dans les niveaux de sable molassique. Les tombes les plus précoces mises au jour sur la partie nord de la parcelle sont directement implantées dans les niveaux de sable molassique.

Il est donc possible d'attester de deux remaniements fonctionnels de cette zone. Dans un premier temps, l'établissement d'un cimetière, scellé après abandon par une voie à ornières; dans un second temps, la construction de deux édifices maçonnés. Ajoutons enfin que cette partie de la fouille est exempte de sépultures durant les derniers siècles d'occupation du site, probablement dès le 13e s.

Les vestiges d'une cabane en fosse ont été observés sur la partie sud-est de la parcelle. Ce petit édifice excavé présente un plan rectangulaire aux bords arrondis présentant 4 poteaux corniers, déterminant une surface de 5 m2 (2 m x 2,5 m). Son comblement n'a livré que peu d'indices permettant de leur attribuer une fonction claire. Cette structure confirme l'activité artisanale de la zone à la fin du Haut Moyen Age (10e s. ?), déjà attestée lors des deux précédentes campagnes.

Les investigations de terrain se termineront en 2016 sur la zone située au sud de l'église. Elles permettront de poursuivre la documentation des niveaux d'occupations précoces du site, principalement dans la partie sud-est de la parcelle.

Les fouilles 2016

2016 a connu l'achèvement de cette fouille d'envergure. Cette dernière intervention, située sur la zone au sud de l'église, a permis de poursuivre la documentation des différents niveaux de sépultures. Elle a livré 205 structures archéologiques dont 194 tombes à inhumation. Ces dernières sont majoritairement orientées est-ouest (tête à l'ouest) et matérialisent les cimetières associés aux églises successives (abandon définitif vers 1740). La majorité des tombes sont des inhumations en pleine terre mais l'utilisation de cercueils en bois clouté est attestée à plusieurs reprises. Le rare mobilier funéraire est constitué de chapelets et de pendentifs à symbolique chrétienne issus des derniers niveaux d'occupation (datation archéologique 15e-18e s.). A noter que la fouille n'est en réalité pas tout à fait terminée. En effet, l'église primitive, ses différentes phases successives, de même que son périmètre immédiat, n'ont pas été fouillés. Ceci répond à une exigence de la Section d'archéologie de ne pas toucher à cette dernière dans le cadre du projet immobilier. Le périmètre en question demeure de ce fait en zone de protection archéologique. Une éventuelle fouille et mise en valeur ultérieures restent ainsi possible.

Fiche technique du site

Commune / Localité Courtételle / Courtételle
Site Dos le Môtie (église Saint-Maurice)
Datation et type de site
- principal
- secondaire

Haut Moyen Age à Époque moderne, église, mur d'enceinte de l'église, tombes,
cabanes en fosse, voie à ornières, habitat, empierrement
Époque romaine, aménagement de berge

Année de découverte 1971
Contexte de découverte Fouille de sauvetage programmée par l'archéologie cantonale
Date(s) de la fouille 1971-1972, 2013
Surface de la fouille 6500 m2
État de la fouille Achevée (exceptés l'église elle-même et son périmètre immédiat)
Étude Non étudiée
Publication(s) Comité des fouilles, Histoire de Courtételle, 1971, (polycopié);
Kehrli B. La basilique Saint-Maurice dans le Salignon, Le Pays et Le Démocrate, 22.12.1973;
ASSPA 59, 1976, 274-275 ; JbBHM 61/62, 1981-1982, 15-16 ; JTMS 1, 1993, 208;
Guide archéologique du Jura et du Jura bernois, 63-65, Porrentruy, 1997;
La crosse de Saint Germain, CAJ 6, 34,35, 43, 141, Porrentruy, 1996;
J.-D. Demarez, Répertoire archéologique du canton du Jura:
du Ier siècle avant J.-C. au VIIe siècle après J.-C., CAJ 12, 55, 89-90, Porrentruy 2001;
AAS 97, 2014, 253 ; 98, 2015, 236 ; 99, 2016, 223-224.
Responsables de la fouille 1971-1972: Jean-Pierre Lehmann; SAB, Berne
2013: Olivier Heubi, OCC-SAP, Porrentruy
Dépôt des collections Église paroissiale Courtételle (sarcophage)
OCC-SAP, Porrentruy
Collections Mobilier archéologique: couteau, bijoux, médailles, chapelets, boucles de ceinture, céramiques,
tuiles, clous, scories, meules, verre, bois
Matériel anthropologique: + de 700 squelettes
Faune: porc, bœuf, cheval, ovin
Prélèvements: sédiments / sédiments pour parasitologie / charbons de bois / dent ou calotte crânienne,
sédiments (parasitologie) / charbons de bois (14C) / bois (cercueils) / dent ou calotte crânienne (ADN)
Autres: géologie et sédimentologie (M. Guélat)
Anthropologie de terrain (D. Rüttimann)
Expertise paléo-métallurgique ponctuelle sur le terrain (L. Eschenlohr)
Géologie et sédimentologie (M. Guélat, bureau SEDIQUA)
Anthropologie de terrain (D. Rüttimann, A. Alterauge, I. Siebke et S. Kramis, Joke Somers
et Negahnaz Moghaddam : Institut de Médecine légale (IRM), Université de Berne).