Le Paléolithique

Le Paléolithique moyen: il y a 120'000 ans, les premiers Hommes dans le Jura

La préhistoire et l’antiquité du Jura sont étroitement conditionnées par les situations géographique et topographique locales. Les régions ouvertes sur le bassin du Doubs (Ajoie) ou du Rhin et de l'Alsace (vallée de Delémont) participent à l'histoire du peuplement du coude du Rhin et du flanc nord de la chaîne jurassienne. Cette dernière a protégé les sols de l'érosion due aux derniers grands glaciers alpins qui n'ont pu la franchir, ce qui a permis la conservation des plus anciens sites archéologiques de Suisse.

Pointe moustérienne en silex originaire d’Orvin, Pierrefeu (BE).Découverte à Alle, Noir Bois (hauteur env. 9 cm) Pointe moustérienne en silex originaire d’Orvin, Pierrefeu (BE).Découverte à Alle, Noir Bois (hauteur env. 9 cm)

De riches ateliers de taille de silex sont attestés dès l'interglaciaire Eémien ou au tout début du Glaciaire ancien (SI 5e/5d) à Alle, Noir Bois et Pré Monsieur, soit il y a environ 120'000 ans. Les groupes moustériens disparaissent de la région pendant quelques milliers d'années pour y revenir au cours du Pléniglaciaire moyen, dans la première moitié du stade isotopique 3 (entre 70 000 et 50 000 ans). Ces occupations se situent toujours à Noir Bois et é Pré Monsieur mais également sur d'autres sites de la région d'Alle (les Aiges, Sur Noir Bois, Pré au Prince…) et de la région de Chevenez (Combe En Vaillard). Enfin, la dernière phase d'occupation correspondrait aux dolines de Vâ Tche Tchâ à Courtedoux (où les fouilles continuent encore à l'heure actuelle) et à Saint-Brais, et se situerait à la fin du stade isotopique 3, aux environs de 35/30 000 ans.

Les gîtes de silex d'Alle, Noir Bois, Les Aiges et Pré Monsieur, et de Pleigne, Löwenburg, ont fourni des matériaux de base exploités sur place, surtout durant les périodes de réchauffement qui parsèment la dernière période glaciaire (Weichsélien). Les dizaines de milliers d'éclats récoltés montrent une industrie caractérisée par la production de type Levallois (éclats de forme prédéterminée). Les principaux objets sont des racloirs, des encoches et des denticulés, que l'on retrouve sur de nombreux sites découverts sur le tracé de l'autoroute A16.
 

Racloir latéral convexe en silex originaire de Bendorf, Kohlberg (Ferrette, Haut-Rhin, F). Racloir latéral convexe en silex originaire de Bendorf, Kohlberg (Ferrette, Haut-Rhin, F).

Ces gisements ont aussi livré des outils taillés dans des silex et des quartzites provenant du pied nord de la chaîne jurassienne, des flancs sud et est des Vosges et de la Forêt Noire. Quelques pièces proviennent du Plateau suisse, des régions d'Olten et d'Orvin. Le plateau de Bure a fourni une faune froide en partie contemporaine: Alle, Noir Bois, Boncourt, Bure, Chevenez, Courtedoux, Le Sylleux, Courtemaîche et Porrentruy ont livré des ossements de mammouths, de rhinocéros laineux, de hyènes, de chevaux et de rennes.

La plupart des grottes jurassiennes ont abrité des ours des cavernes et, dans celles de St-Brais, F.-E. Koby découvrit aussi une incisive humaine néandertalienne ainsi que quelques silex taillés.

François Schifferdecker

Le Paléolithique supérieur: des chasseurs de passage

Représentation des trois individus qui s'arrêtèrent à Alle, Noir Bois pour y tailler quelques lamelles de silex afin de réparer leurs sagaies. Représentation des trois individus qui s'arrêtèrent à Alle, Noir Bois pour y tailler quelques lamelles de silex afin de réparer leurs sagaies.

A la fin de la dernière glaciation, au Magdalénien (vers 13'000 av. J.-C.), alors que le climat se tempérait, au moins trois individus s'arrêtèrent à Alle, Noir Bois et y taillèrent quelques lamelles de silex pour réparer leurs sagaies. L'un d'entre eux utilisa le matériau siliceux local, alors que les deux autres travaillèrent le silex de Bendorf (Haut-Rhin, F) qu'ils avaient amené avec eux.

Après la dernière glaciation (Würm ou Weichsélien selon les échelles utilisées), la transition avec le Mésolithique qui verra se développer la couverture forestière, est caractérisée par des groupes porteur de l'Azilien. Cette culture est représentée à Pleigne, Loewenburg où une industrie lamellaire, taillée dans du silex local et datée du 12e au 11e millénaire a été mise au jour. Elle rassemble des pointes et des lames à dos, des lames tronquées, des burins, des grattoirs et des perçoirs.
 

Pointe à dos courbe (dite pointe "azilienne") découverte à Courrendlin, En Solé. Pointe à dos courbe (dite pointe "azilienne") découverte à Courrendlin, En Solé. Pointe à dos courbe (dite pointe "azilienne") découverte à Courrendlin, En Solé.

Quelques traces très ponctuelles de cette période ont également été trouvées lors des travaux autoroutiers. Deux pointes à dos ont été découvertes sur le site de Boncourt, Grands'Combes. L'une des deux a été aménagée dans du silex provenant de Pleigne. Le fragment d'une troisième pointe a été recueilli sur le site de Courrendlin, En Solé. Ce dernier site a également fourni une lame tronquée dont l'attribution reste à confirmer. Il est à noter que l'attribution de ces pièces reste difficile à faire dans la mesure où ce type d'artefact existe aussi bien dans le Magdalénien final (techno-assemblage E) que dans l'Azilien. La différenciation ne peut se faire que sur la composition de l'ensemble de l'outillage, malheureusement ici manquant.

Jean Detrey, 06/2010